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Économie
Les algues sont récoltées et cultivées à travers le monde, au coeur d’une filière dynamique et prometteuse.
La production d’algues dans le monde
En 1950, l’industrie des algues était quasi inexistante, mais elle pèse aujourd’hui 13 milliards d’euros. Elle représente 17% du volume de pêche et aquaculture. Et c’est même l’une des plus grandes croissances de l’agroalimentaire : +8% par an ! 40 millions de tonnes par an dans le monde.
La production d’algues a dépassé les
40
millions
de tonnes par an dans le monde.
Évolution de la production d'algues par pays dans le monde
C’est le continent asiatique qui mène la danse ici. À elle seule, la Chine produit plus de la moitié des algues sur la planète. Sur le podium, on retrouve l’Indonésie en deuxième position et la Corée du Sud en troisième position.
À côté, l’Europe est une petite joueuse. Si on ne prend que la Chine, le pays produit 70 fois plus que le continent européen entier ! En tête en Europe, c’est la Norvège qui est largement devant. La France arrive juste derrière (avec tout de même 8 fois moins d’algues produites qu’en Norvège).
Évolution de la production d'algues par pays en Europe
Si l’Asie mène la danse aujourd’hui, c’est grâce à la culture d’algues. Si l’on regarde l’évolution de la récolte d’algues dans le monde, c’est le Chili qui prend la tête.
Évolution de la récolte d'algues par pays
Récolte vs. culture
Il existe deux grandes façons d’obtenir des algues comestibles : la récolte en milieu sauvage et la culture.
Récolte
En France, elle est réalisée de 2 manières :
• en mer grâce à des navires goémoniers qui utilisent des engins mécanisés et récoltent de grandes quantités d’algues (10 à 14 tonnes par récolte) à destination de l’industrie cosmétique ou agroalimentaire
• à la main en allant à pied sur l’estran à marée basse ou en plongée (1 à 4 tonnes par récolte) : c’est la manière la plus soutenable de récolter des algues, et c’est celle qui est utilisée pour l’alimentation humaine directe
Les bonnes pratiques de récolte
Les zones et les pratiques de récolte d’algues sont réglementées pour ne pas mettre en danger les algues ou leurs écosystèmes. Pour se procurer des algues, on privilégie donc l’achat auprès de pros ou des cueillettes encadrées par des pros. Mais si vous voulez vraiment les cueillir vous-mêmes, voici les 5 principaux commandements que vous devez suivre :
Il est important de récolter les algues avec des ciseaux, un couteau ou une faucille pour pouvoir les couper sans les arracher. Parce que oui : quand on veut une pomme, on coupe la pomme mais on n’arrache pas le pommier. Alors pour les algues, c’est la même chose !
La transformation des algues
Après la récolte, les algues sont conservées fraîches, déshydratées ou intégrées dans des produits comme du tartare d’algues, des chips ou des pâtes.
Les algues déshydratées sont la forme la plus courante car elles ont l’avantage de pouvoir être consommées toute l’année sans chaîne du froid. Quant aux algues fraîches, elles dépendent des saisons mais elles peuvent être congelées ou conservées en frais salé pour pouvoir les déguster à tout moment de l’année.
La saisonnalité des algues
En plus d’être récoltées à une période précise de la journée (2 heures avant et après la marée basse), les algues sont aussi soumises à une saisonnalité. Bien évidemment, les saisons varient en fonction du lieu de récolte. Ici, on parle de la saisonnalité des algues en France métropolitaine.
Kombu
de février à juin
Wakamé
de mars à juin
Laitue de mer
de mars à octobre
Dulse
d’avril à décembre
Nori
de mai à novembre
Haricots de mer
de mars à juin
Certaines algues sont soumises à des règles plus strictes. Par exemple, la dulse ne peut être récoltée que du 1er avril au 31 décembre, et le nori du 1er mai au 15 novembre.
Culture
Aujourd’hui, dans le monde, la majorité des algues destinées à la consommation sont cultivées en mer sur des filières suspendues ou dans des bassins. C’est ce qu’on appelle l’algoculture.
Les différents types de culture d'algues
Il existe différentes manières de cultiver les algues, en fonction des espèces et des lieux.
Dans tous les cas, la première étape se passe à terre pour l’écloserie. Pour avoir une base stable et de haute qualité et permettre la sélection de souches d’algues spécifiques, les plantules sont cultivées en laboratoire. Une fois qu’elles ont atteint une taille minimale, il y a 2 options pour les faire grandir :
• en mer sur des filières suspendues, soit près des côtes, soit plus au large
• dans des bassins à terre
La répartition des modes de production
Si l’on compare les proportions de récolte et culture entre l’Asie, et plus globalement le monde, et l’Europe, c’est le jour et la nuit. La différence vient probablement de la maturité du marché économique (et aussi de la consommation bien évidemment !), car pour produire beaucoup, il faut cultiver les algues et pas uniquement les récolter le long des côtes.
Répartition entre récolte et culture d'algues dans le monde
Répartition entre récolte et culture d'algues en Europe
Répartition entre récolte et culture d'algues dans le monde
Répartition entre récolte et culture d'algues en Europe
En moyenne, à l’échelle européenne, la majorité des entreprises récoltent donc à la main les algues et la culture en est encore à ses balbutiements. Mais cette répartition diffère largement d’un pays à l’autre.
La récolte d’algues, pratiquée de façon durable, peut être vertueuse. Mais pour mettre des algues dans toutes les assiettes, le développement de la culture d’algues est primordiale afin de préserver la biomasse naturelle des algues. Notre prochain défi en Europe sera donc de passer de cueilleuses et cueilleurs à cultivatrices et cultivateurs de l’océan. Pour y parvenir, il va falloir apprendre à cultiver les différentes espèces d’algues comestibles.
Les risques environnementaux associés à la culture d’algues à plus grande échelle
Les données sur l’impact environnemental de la production d’algues restent très limitées. Et surtout, elles varient selon l’échelle de production, qui diffère drastiquement d’une région à l’autre du monde. Si les cultures à petite échelle sont considérées comme présentant peu de risques pour l’environnement, une culture à plus grande échelle pourrait avoir des conséquences néfastes (comme de la compétition dans les nutriments par rapport à d’autres espèces) et ébranler les ressources marines existantes.
Le développement soutenable de la culture d’algues marines devrait donc dépendre à la fois de l’échelle des fermes de culture, de leurs méthodes de production et de la sensibilité des écosystèmes qui accueilleront ces cultures. Il est nécessaire d’éviter les erreurs que l’on a déjà faites à terre avec l’agriculture intensive et la monoculture.
Des projets de co-culture, avec des algues et des ormeaux par exemple, ou de polyculture, avec différentes espèces d’algues, commencent à se développer. Et l’une des manières les plus durables de cultiver les algues serait l’Aquaculture Multi-Trophique Intégrée (aka AMTI). Il s’agit de s’inspirer de la nature et de reproduire les écosystèmes marins dans lesquels toutes les espèces fonctionnent ensemble. C’est l’équivalent de la permaculture à terre !
La répartition des espèces d’algues en fonction des modes de production
Les espèces d’algues les plus récoltées en Europe sont les laminaires (Laminaria sp.), la dulse (Palmaria sp.) et la laitue de mer (Ulva sp.), et les espèces les plus cultivées sont le kombu royal (Saccharina latissima) et le wakamé (Alaria sp.).
Espèces d'algues produites en Europe (récolte)
Espèces d'algues produites en Europe (culture)
Avec les rendements agricoles terrestres qui s’effondrent et les quantités de poissons dans l’océan qui s’amenuisent, la transition de la récolte vers la culture d’algues est primordiale afin de préserver la biomasse naturelle des algues. Notre prochain défi en Europe sera donc de passer de cueilleurs à cultivateurs de l’océan !
Dynamisation des littoraux : l’océan relance l’économie locale
On pense souvent aux algues pour leurs bienfaits écologiques ou nutritionnels. Mais elles sont aussi porteuses d’un nouveau souffle pour les littoraux. Les entreprises de récolte et de culture d’algues sont ancrées dans le territoire, bien souvent dans des zones côtières en quête de renouveau.
La France est le pays d’Europe qui compte le plus d’entreprises travaillant dans le secteur des algues, avec une forte concentration en région Bretagne.
Entreprises de production d'algues en Europe
La position de la France en haut du podium se reflète aussi sur le chiffre d’affaires. Mais en réalité, le chiffre d’affaires est tronqué par la culture de cyanobactéries, en particulier de spiruline (considérée à tort comme une algue). Les macro-algues, comme la laitue de mer, le wakamé ou la dulse, ont encore une belle marge de progression devant elles !
Chiffre d’affaires réalisé par pays grâce à la production d’algues en Europe
Création d’emplois : une filière émergente qui embauche
Derrière les productions d’algues, il n’y a pas que des lignes de culture et des beaux paysages de récolte. Il y a surtout des métiers en plein développement, et des emplois durables qui répondent à des enjeux très actuels.
Les entreprises françaises de la filière algues sont à taille humaine : il s’agit majoritairement de (très) petites entreprises qui emploient pour la plupart 1 à 2 personnes à temps plein.
En comparaison avec le reste du secteur aquacole :
· une majorité de femmes travaillent dans la filière algues (57,14% des employé·e·s permanents des entreprises de production de macro-algues).
· les dirigeant·e·s de la filière algues sont plus diplômé·e·s
Un fort potentiel : les tendances d’évolution de la filière algues
Les zones de production
Puisqu’il est urgent de passer de cueilleurs à cultivateurs de l’océan pour démocratiser la consommation d’algues en France, il est aussi nécessaire de comprendre les zones les plus propices à la culture. C’est pour ça que la station biologique de Roscoff a identifié les zones susceptibles d’accueillir des cultures de kombu royal (Saccharina latissima) en Bretagne. Aujourd’hui, c’est une des espèces de macro-algue que l’on sait le mieux cultiver. Alors qu’est-ce qu’on attend ?
Le marché des algues
Le marché des algues pour l’alimentation humaine devrait atteindre entre 700 millions et 2,1 milliards d’euros en 2030. Il sera porté par deux sous-segments : le marché des protéines végétales et les algues directement consommables, fraîches, séchées ou incorporées dans d’autres produits alimentaires. C’est ce dernier sous-segment qui est le plus prometteur. Il devrait valoir entre 600 millions et 1,8 milliards d’euros en 2030 et devrait bénéficier de manière significative de la forte croissance des régimes alimentaires à base de plantes en Europe.
En termes d’emplois, le scénario le plus optimiste projette 85 000 emplois en équivalent temps plein (en comptant les emplois indirects et induits) en 2030.